La p'tite Nuit

« Pas ce prix-là pour un oreiller. »

Mon mari a dit : « Tu vas quand même pas mettre ce prix-là dans un oreiller pour un gamin de cinq ans. » Il avait raison de poser la question. On avait déjà dépensé pour la veilleuse qui projette des étoiles, pour le matelas neuf, pour la machine à bruit blanc. Rien n'avait rien changé. Il commençait sérieusement à en avoir marre de mes idées. Alors on a fait autrement. Je lui ai demandé de venir regarder son fils dormir avec moi. Sans rien dire, juste regarder. Notre fils avait la tête enfoncée dans l'oreiller, le menton en l'air, la bouche ouverte. Mon mari est resté trente secondes dans l'embrasure de la porte et il a dit : « Ah ouais. Il est plié en deux, en fait. » C'est là qu'il a compris, et moi aussi. Un oreiller d'adulte est fait pour des épaules d'adulte. Sous une tête d'enfant, il est trop haut et trop mou. La nuque n'est plus alignée, la gorge se referme un peu, et la bouche s'ouvre pour laisser passer l'air. Toute la nuit. Ce n'était pas une question de confort ni de caprice. C'était la position dans laquelle notre fils passait dix heures par nuit depuis des années. On a quand même voulu vérifier que c'était bien ça avant de commander. Il y a un questionnaire de huit questions qui fait le point sur ses nuits et qui donne la hauteur correspondant à son âge : lapetitenuit.com/quiz Deux minutes, les réponses restent privées, personne ne rappelle. C'est mon mari qui l'a rempli, d'ailleurs. Ça l'a convaincu plus que moi. Aujourd'hui c'est lui qui en parle à ses collègues. Je ne relève pas. Si vous avez quelqu'un à convaincre à la maison, ne lui expliquez pas. Emmenez-le devant le lit et laissez-le regarder. P.S. « Tu vas quand même pas mettre ce prix-là dans un oreiller. » Il l'a dit. Il a aussi dit qu'il ne s'en souvenait pas.

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